Congrès de La Haye (1872)
Le congrès de La Haye, tenu du 2 au 7 septembre 1872 dans la ville éponyme, est un congrès tenu par l'Association internationale des travailleurs (AIT), surnommée première Internationale. Il s'agit d'un des événements fondamentaux de l'histoire du mouvement ouvrier, actant la rupture entre les marxistes et les anti-autoritaires/anarchistes, deux mouvements politiques qui se séparent pendant ce congrès.
Suite à la fondation de l'Internationale, de nombreuses factions s'y rassemblent, en particulier les bakouninistes ou anti-autoritaires, rassemblant des anarchistes, collectivistes ou socialistes anti-autoritaires, qui recouvrent la majorité de l'organisation, et les marxistes et blanquistes, alliés et contrôlant le Conseil général de l'AIT. Alors que ces groupes commencent alliés au sein de l'organisation, des conflits personnels et théoriques naissent entre eux, cristallisés dans l'opposition grandissante entre Mikhaïl Bakounine et Karl Marx. Les marxistes et blanquistes étant progressivement pris de vitesse par les fédérations bakouninistes en cours de propagation, qui menacent leur contrôle sur l'organisation, essaient de renforcer le pouvoir du Conseil général, qu'ils contrôlent, ce qui provoque une rupture avec une majorité de l'AIT, surtout les fédérations espagnole - la plus large de toutes, italienne, belge, et jurassienne. Marx, soutenu par les marxistes allemands et ses propres forces à Londres et aux États-Unis, organise alors un congrès à La Haye, dont le lieu et la gestion sont choisis pour favoriser ses intérêts et renforcer ses positions. Bakounine incapable de se déplacer au congrès car étant recherché par la police française et allemande, il laisse son « lieutenant » James Guillaume le représenter.
Le congrès de La Haye résulte dans l'expulsion de Bakounine et de Guillaume de l'AIT et l'adoption des statuts confiant le pouvoir décisionnaire dans les mains du Conseil général. Une majorité des fédérations de l'Internationale refuse ces décisions et ce congrès et décide de se réunir à Saint-Imier, une semaine plus tard, pour le congrès de Saint-Imier, qui fonde l'Internationale anti-autoritaire, perçue comme la continuité de la première Internationale et une organisation fondamentale de l'histoire de l'anarchisme. De leur côté, les marxistes écartent les blanquistes de l'organisation qu'il leur reste, ce qui les sépare du peu des forces autres que les leurs dans l'organisation et mène à sa disparition, en 1876.
L'Internationale anti-autoritaire disparaît vers les années 1880 et laisse place à d'autres systèmes d'organisation, comme le compagnonnage anarchiste, tandis que les marxistes et sociaux-démocrates fondent la Deuxième Internationale en 1889.